On a vu C’est comme ça au Théâtre de la Pépinière et on s’est surpris à rire là où l’on aurait pu seulement pleurer, face à une situation aussi absurde que profondément humaine.
Comment faire son deuil quand la vie ne vous laisse pas le temps de souffler ?
C’est comme ça repose sur un point de départ redoutablement efficace.
Mathias (Grégory Montel) apprend le décès de sa mère au moment précis où sa femme est sur le point d’accoucher. Tandis que lui, son père et sa sœur se retrouvent pris dans la mécanique implacable des démarches qui suivent une mort — église, cercueil, formalités administratives — une autre urgence s’impose : la naissance imminente de sa fille. Et connaissant le caractère envahissant de sa mère, Mathias est convaincu qu’elle fera tout pour être enterrée le jour même de l’accouchement.
Le dilemme est alors cruel : assister à la naissance de son enfant, comme il l’a promis à sa femme, ou être présent à l’enterrement de sa mère, au risque de passer pour un fils indigne. Impossible de se dédoubler, impossible de choisir sans culpabilité. D’autant plus que le fantôme de la mère — ou peut-être sa conscience — vient le hanter, bien décidé à peser sur chacun de ses choix.
La pièce aborde avec intelligence un thème délicat, celui de la mort et du deuil, en réussissant le pari de mêler émotion et humour. Les échanges avec les pompes funèbres, les rendez-vous administratifs ou encore la rédaction du texte d’hommage deviennent autant de situations à la fois drôles et révélatrices. Comment parler d’une mère que l’on a plus crainte qu’aimée ? Peut-on trouver autre chose que des banalités convenues lorsque les souvenirs heureux sont rares ?
Peu à peu, les langues se délient. Entre le fils et la mère, mais aussi entre le père et ses deux enfants. Les non-dits émergent, les rancœurs s’expriment, laissant place à une forme d’apaisement fragile.
La distribution est solide. Mention spéciale à Benjamin Guillard, savoureux dans le rôle d’un curé fantasque et d’un ange maladroit, visiblement novice face à l’accompagnement des derniers instants. Éléonore Joncquez est également très juste en fonctionnaire de mairie, figure administrative aussi rigide qu’étonnamment humaine.
C’est comme ça est une pièce drôle et profondément touchante, dans laquelle toute personne ayant traversé la perte d’un parent pourra se reconnaître. À travers une écriture juste et sensible, le spectacle trouve un équilibre précieux entre émotion et légèreté, sans jamais céder à la lourdeur.
Portée par des comédiens engagés et sincères, cette comédie humaine ose parler de la mort avec pudeur et intelligence, tout en interrogeant les choix impossibles que la vie impose parfois.
Une pièce qui touche là où ça fait mal — et surtout là où ça fait du bien.
Rédacteur : Maxime Dorian
C’est comme ça
Théâtre La Pépinière Paris – 19 décembre 2025 au 28 mars 2026
Auteur : Marc Arnaud
Mise en scène : Marc Arnaud
Acteurs : Grégory Montel, Florence Muller, Edgar Givry, Benjamin Guillard, Éléonore Joncquez, Manon Kneusé

