Après 37 ans à la tête de l’édition américaine de Vogue, Anna Wintour s’apprête à tourner une page majeure de sa carrière. La couverture de décembre 2025, fraîchement dévoilée, sera la dernière qu’elle supervisera en tant que rédactrice en chef — avant de se consacrer pleinement à ses rôles de global editorial director et chief content officer chez Condé Nast.
Et pour ce numéro historique, Wintour frappe fort : Timothée Chalamet, photographié par Annie Leibovitz, posé sur une « planète » au cœur d’une nébuleuse signée NASA. Un visuel audacieux, presque surréaliste, qui n’a pas manqué de faire réagir.
Une couverture qui divise… mais qui marque
Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas tardé : entre fascination et perplexité, certains comparent la création à une œuvre générée par intelligence artificielle, tandis que d’autres saluent une image “statement”, fidèle à l’art de Wintour de faire parler de Vogue.
Pour Jeremy Leslie (magCulture), cette couverture « étrange » pourrait bien être l’ultime provocation d’Anna Wintour :
« C’est tellement bizarre qu’on se dit qu’elle sait sûrement quelque chose que nous ignorons encore. »
Pour les connaisseurs, l’image s’inscrit pourtant dans la continuité des collaborations Wintour–Leibovitz, avec un clin d’œil évident au Petit Prince, Chalamet devenant un explorateur lunaire moderne.
Un héritage de couvertures qui ont façonné la pop culture
Depuis 1988, Anna Wintour a signé plus de 400 couvertures devenues des marqueurs culturels :
- Madonna après ses scandales (1989)
- Les supermodels réunies en 1992
- Britney Spears drapée du drapeau américain (2001)
- Michelle Obama en First Lady (2009)
- Kanye West & Kim Kardashian juste avant leur mariage (2014)
- Beyoncé en couronne de fleurs, photographiée par Tyler Mitchell (2018)
Certaines ont aussi été très critiquées :
LeBron James associé à un imaginaire raciste, Asma al-Assad présentée sous un jour glorifiant, ou plus récemment Lauren Sánchez Bezos, symbole d’une richesse jugée indécente.
Wintour a souvent joué entre prudence et audace, évitant la provocation permanente tout en signant ponctuellement des couvertures qui bousculent. Une stratégie assumée, selon la biographe Amy Odell :
« Vous ne pouvez pas créer un choc chaque mois. Mais de temps en temps, il en faut un. »
Une ère nouvelle : place à Chloe Malle
Désormais, Vogue US n’a plus de rédacteur en chef au sens traditionnel. La responsabilité des couvertures incombe à Chloe Malle, nouvelle Head of Editorial Content.
Un défi immense : définir ce que doit représenter Vogue en 2026, entre luxe, célébrité et critique d’une élite qui s’affiche peut-être trop.
Avec un contexte où les “héritiers fortunés sur leur yacht” ne font plus rêver, où les “nepo babies” sont scrutés, Malle devra trouver une nouvelle voie.
Comme le dit Leslie :
« Le temps des star editors est révolu. Les équipes sont désormais des abeilles ouvrières. »
Et maintenant, que fera Anna Wintour ?
Si Wintour quitte les couvertures, elle ne quitte pas l’empire. Parmi ses missions phares figure désormais la direction de Vogue World, série de shows-spectacles qui mêlent mode, performance et philanthropie.
Après New York, Paris, Londres et Hollywood, l’édition 2026 se tiendra à Milan, avec un thème centré sur l’artisanat italien.
Une nouvelle scène, mais la même ambition : prolonger l’aura de Vogue sur tous les territoires culturels.

